Interview de François-Olivier Champs

L’accès au marché des produits de santé

 

Bonjour François-Olivier Champs, vous travaillez actuellement chez Kamedis Conseils, pouvez vous nous parler un peu de votre poste?

Je suis consultant en économie de la santé. Nous sommes prestataires et travaillons pour des laboratoires pharmaceutiques. Lorsqu’ils veulent commercialiser un médicament sur le marché français, nous rédigeons un dossier de prix et de remboursement (ou Note d’Intérêt Thérapeutique) à destination de la Commission de la Transparence afin que le produit obtienne des niveaux de SMR (Service Médical Rendu) et d’ASMR (Amélioration du Service Médical Rendu) en adéquation avec ses résultats cliniques. Le taux de remboursement découlera du niveau de SMR et l’ASMR servira à la fixation du prix du médicament. Ces dossiers prennent en compte les données cliniques du médicament mais aussi la place du produit dans la stratégie thérapeutique, son intérêt de santé publique, sa population cible, etc. L’objectif final de ce type de dossier est de permettre l’inscription du médicament sur la liste des médicaments remboursables. C’est le même principe et le même type de dossier pour les dispositifs médicaux.

 

Une autre partie du travail concerne les clauses négociées entre les laboratoires et le CEPS (Comité Economique des Produits de Santé). Dans certains cas, la fixation d’un prix s’accompagne de la négociation d’une clause. Ces clauses expliquent la différence entre le prix facial d’un médicament (le prix indiqué sur la boîte) et le prix réel (prix réellement payé par l’Assurance Maladie). Si la clause n’est pas respectée par le laboratoire, il devra alors verser des remises à l’Assurance Maladie. Il existe différents types de clauses : clauses « prix-volume », « de posologie », « de performance ». Le laboratoire peut vouloir renégocier sa clause quand il s’estime lésé par rapport à ses concurrents ou lorsque cette clause n’est plus en adéquation avec le marché. Nous intervenons alors à la fois pour aider le laboratoire à présenter les arguments les plus pertinents en faveur d’une renégociation de clause mais aussi afin de le préparer pour son audition face au CEPS.

 

Nous travaillons aussi sur des sujets de santé publique et d’évaluation médico-économique.

On associe souvent le market access au marketing, pouvez vous nous expliquer la différence entre les deux? »

Le terme « market » peut porter à confusion mais pour faire simple le « market access » c’est tout ce qui concerne les questions de prix et de remboursement du médicament. Le marketing concerne plus la vente et la promotion. Ce sont deux parties différentes dans la vie du médicament.

Quelle formation complémentaire avez vous fait en plus de la pharmacie?

« J’ai fait un stage chez Kamedis en 5ème année. En 6ème année, j’ai fait un master 2 à Descartes, de droit et d’économie de la santé. C’était un master assez généraliste mais je ne savais pas encore si je voulais faire du market access ou plus travailler dans le domaine public. C’est pour cela que j’ai fait ce master. J’ai fait mon stage de M2 à l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales) où j’ai travaillé sur l’interaction des politiques de santé publique et des politiques de santé au travail. Après ma thèse je suis retourné dans le conseil chez Kamedis ».

Pouvez vous nous donner un exemple concret de mission ou sur quel médicament avez vous travaillé?

« La plupart de mes missions actuelles concernent la rédaction des dossiers de prix/remboursement et les problématiques de clauses. Pour les dossiers de prix/remboursement, il faut tout d’abord analyser les données cliniques du médicament et tout ce qui concerne la pathologie comme les recommandations cliniques nationales/internationales, l’épidémiologie, le fardeau, etc. Ensuite, il faut synthétiser et retranscrire toutes ses informations en rédigeant le dossier. Pour les problématiques de clauses, il faut d’avantage se concentrer sur les données de ventes, de chiffres d’affaires, d’évolution du marché, etc.

 

J’ai réalisé ce type de mission pour des médicaments et des dispositifs médicaux dans des domaines comme la cardiologie, la pneumologie, la cancérologie, la neurologie, les maladies orphelines.

Mais j’ai aussi travaillé sur des missions complètement différentes. Par exemple, j’ai travaillé pour un laboratoire qui souhaitait soutenir et accompagner les recherches d’un Professeur reconnu en pédiatrie. J’ai pour cela recherché des sources de financements au niveau européen adaptées au projet de recherche clinique puis j’ai accompagné le Professeur et son équipe dans leur demande de financement ».

Comment envisagez-vous l’avenir de votre métier et de votre environnement professionnel?

« En ce moment, les laboratoires externalisent beaucoup la réalisation des dossiers de prix et de remboursement. Il n’y a pas beaucoup d’embauche en junior dans les laboratoires mais il y a aura toujours du boulot dans ce secteur, notamment en conseil.

Cela ne fait pas très longtemps que je travaille dans ce domaine, je n’ai donc pas encore beaucoup de recul mais je ne m’inquiète pas trop sur l’avenir de ce métier. Tout ce qui concerne l’évaluation médico-économique des produits et des services de santé va continuer à se développer.

D’ici 5 ans, je pense toujours être dans le market access, que cela soit au sein d’un laboratoire ou dans le conseil. Mais je ne ferme pas non plus les portes au secteur public. Je n’y pense pas encore en fait, je verrai en fonction des opportunités. L’avantage de ce métier est qu’on peut vite changer de poste, tous les 2-3 ans. »

Quel conseils donneriez vous à un étudiant qui souhaite s’orienter dans votre domaine?

« C’est bien de faire un stage en 5ème année dans ce domaine, en laboratoire ou en conseil, pour se rendre compte du métier. Au niveau des masters, il n’y en a pas beaucoup, il y en a un à Dauphine, à Descartes, à Créteil. Il faut surtout trouver un bon stage en M2. »

 

Interview réalisée par Charles Veugeois (4A & VP Indus)  et Aude Serrault (4A)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.